Une partie de l’équipe de ColdplayFrance s’est rendue à Londres pour le concert du 18 juin à Wembley. Benji vous raconte cette aventure de plus de deux-cents jours. Deuxième partie, d’un lever précoce un vendredi matin de juin à l’ouverture d’un stade mythique.

Le réveil sonne, il est 5h45 du matin chez moi, dans ma petite chambre recouverte dans tous les coins par des disques et des photos de Coldplay. Comme tous les matins, c’est Bruno dans la radio qui me réveil, le seul type qui me donne le courage de me lever. Un vieux radio réveil plus âgé que A Rush of Blood to the Head ou en tout cas dans ces eaux-là. Mon père se lève presque en même temps car il va m’emmener à la gare de Fontainebleau-Avon. Avec lui mon chien qui doit se demander ce qu’il se passe. Contrairement à tous les autres matins de la semaine je suis plein d’énergie, je me demande pourquoi…

Après un petit-déjeuner un changement rapide de vêtements express, dont une prise de t-shirt rapide sur le sèche-linge, je boucle mon sac, ma valise et c’est parti. Je sais que la prochaine fois que je marcherai dans cette maison quelque chose aura changé. Vue l’heure, il n’est pas impossible que je prenne un train en avance. Mais je le rate à quelques secondes, « ne t’inquiète pas, celui-là c’était un exploit si je l’avais », dis-je à mon père. Comme prévu, je monte dans celui de 7 heures. Peu de monde, je tiens dans la main pendant tout le trajet mon badge de ColdplayFrance, et en arrivant à Paris j’écris sur la buée de la vitre « Coldplay, Wembley, 18 juin 2016 ».

Le chemin vers Saint-Pancras

Direction la station Glacière sur la ligne 6, passage par Bercy pour la prendre et descente aux alentours de 8h en bas de l’escalier. Après une dizaine de minutes d’attente devant un vendeur de sandwich encore fermé, Belinda arrive. Une petite femme avec une petite voix, souriante, avec deux Xylobands, venant du concert de Nice. C’est la première fois que j’en vois des vrais, cela fait bizarre, surtout quand je pense que 24 heures plus tard j’en aurai un au poignet. Nous rejoignons Denfert-Rochereau à deux stations pour prendre le RER B, direction Gare du Nord. Ce moment que j’attends et imagine depuis si longtemps est enfin arrivé. Nous atteignons tranquillement le hall d’accueil de l’Eurostar. Un jour, un ami m’avait appris The Scientist, et un piano se situe à quelques mètres des contrôles de billet. Alors… Mais vu que je ne joue pas de piano, j’ai du mal à la retranscrire, une forme d’émotion aussi peut-être. Nous redescendons cet escalier pour attendre Soso, qui arrive vers 9h. Le trio est au complet, j’ai une sensation bizarre, comme si cela était un rêve et que je vais me réveiller. Je pars voir Coldplay à Londres ?

Vient ensuite le moment des contrôles et premier instant drôle, Belinda sonne au portique, pour rigoler je lui lance « ce sont les Xylobands ! » Elle retire donc tous les objets métalliques, mais continue de sonner. En effet, ce sont bien les xylos qui posent problème. Le douanier lui demande ce que c’est, elle part dans des explications… Premier objectif, avoir de l’argent, il faut que je paye l’espagnole à l’arrivée. Chose faite après quelques petits soucis techniques, je recompte quatre fois les billets pour savoir si la somme est bonne. Je passe ensuite les deux premiers boutons « ColdplayFrance », et le badge à Soso. Dans le stress, je fais tomber la moitié de ce que j’ai, laisse une valise dans un coin, un peu le cerveau qui part dans tous les sens. Après avoir tout récupéré nous embarquons dans l’Eurostar. Je m’attendais à quelque chose de moderne, comment dire… Un Eurostar première génération, peut-être aussi âgé que moi, peu de place pour mes grandes jambes, dans un « carré VIP » où j’ai la bonne idée de me mettre à la fenêtre, à côté de la climatisation donc, alors que je sors d’un rhume.

Départ de Paris à 10h07, avec quatre minutes de retard par rapport à l’horaire du billet. En bons parisiens avec Soso nous faisons la remarque. Pendant les deux heures trente de trajet nous discutons d’un peu tout, Coldplay bien entendu, mais aussi musique en général, Belind est fan d’Oasis, séries, autant dire que je suis largué et évoquons nos métiers. Un peu comme si nous nous connaissions mais sans nous connaître, c’est tout nouveau pour moi ce genre de voyage. Soso sent ma tension, la peur que l’espagnole nous plante va me pourrir le trajet, notamment le passage sous la Manche, où il ne faut pas être claustrophobe car c’est sombre et étroit, en plus cela dure plus de vingt minutes, qui en paraissent facilement le double. Puis surprise, la lumière du jour, un décor pas très sympa : un parking. Soso après une bonne sieste se réveille pile au moment où une énorme averse vient nous tomber dessus comme un cadeau d’accueil, ou l’impression que le ciel se paie notre tête, à voir. Nous discutons enfin du programme de cette journée, récupération des billets, pèlerinage au studio, visite du quartier de Camden puis de l’exposition, et se prendre une pinte au Dublin’s Castle, le premier bar où le groupe a joué. Après quelques minutes de campagne un environnement urbain se dessine et Londres approche. Puis le message des conducteurs nous indique que nous arrivons à bon port. La première mission ? Récupérer les billets au Harry Potter Shop.

Rendez-vous en terre inconnue

Je débarque pour la troisième fois en sol étranger, après la Grèce en 2007 et l’Italie dix jours plus tôt. Mélange de joie et de grosse tension mais le sourire est là ! Nous remontons le quai et sommes marqué par la sobriété de la gare, mais aussi par la propreté de celle-ci. Je vous assure que par rapport à celles de Paris, la différence est flagrante, c’est le jour et la nuit. Puis nous sortons tant bien que mal des couloirs de ce lieu que Soso connait bien, direction l’autre côté de la rue, et la gare de King’s Cross, qui dessert les villes locales. L’espagnole m’envoie un message pour me dire qu’elle est arrivée, au moment où nous passons la porte, inconsciemment je sens que le plantage est impossible pourtant je suis du genre pessimiste, même si je le cache au maximum. Enfin elle me voit en premier, ma grande taille l’aide et s’approche de moi avec le sourire, une de ses amies l’accompagne. Nous discutions rapidement er sors les billets, moi les sousous. Puis file, je ne la regarde pas, fixe simplement ses places que j’ai tant espéré et qui m’ont provoqué des moments loin d’être marrants.

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Soso s’engouffre dans le magasin en tant que grande fan de Harry Potter, et ressortira avec un large sourire et des achats, notamment deux jolis pull. Je suis rentré, pour découvrir cet univers mystérieux, mais ma valise, le monde et l’étroitesse des allées me poussent à sortir rapidement. Nous sortons de la gare, direction notre auberge de jeunesse, située à même pas cinq minutes à pied. Juste le temps d’observer ce qui m’entoure, de découvrir ce quartier de Londres, que nous arrivons déjà devant notre hébergement.

Petit hall d’accueil traditionnel avec un canapé ancien et en bon état. L’établissement semble propre avec une salle pour déposer les bagages. Une fois les formulaires remplis nous descendons vers la chambre de Belinda et Soso au sous-sol, car je suis censé dormir au 4ème étage. Censé car leur chambre possède un grand lit et un petit superposé, donc trois places possibles. « Dors là tu vas pas t’embêter à descendre demain matin quatre étages, t’as payé tu t’en fous », sors Soleen. En plus il y a des toilettes privatisées, ça évitera de se lever en même temps que ceux qui rentrent des bars… Nous partons manger rapidement au McDo, mon premier depuis des lustres, et là surprise sur les prix, bien moins chers qu’en France ! Super l’anecdote…

“Devant nous et trente mètres plus loin, un carrefour avec des gens assis sur un banc, « c’est le banc des coldplayers » nous dit Soso et nous voici donc, face à la Bakery”

Direction la boulangerie

Après cet instant culinaire mémorable nous filons vers l’auberge pour déplacer nos affaires dans la chambre. Puis direction le métro, la Northern Line vers Belsize Park, moins de dix minutes pour quatre stations. Nous sortons par un grand ascenseur, loin des escalators parisiens (quand ils marchent). Et surprise, grand soleil dans le ciel de ce petit quartier traditionnel, marqué par des maisons vraiment sympas, des jardins entretenus et plutôt calme. Un lieu agréable. Soso part ensuite faire quelques courses sur le chemin de la Bakery.

Vient enfin le moment où nous changeons de rue, « là à droite c’est la Beehive ». Pardon ? Cette maison blanche avec une porte normale et une boîte aux lettres abrite un des deux studios de Coldplay ? D’accord… Devant nous et trente mètres plus loin, un carrefour avec des gens assis sur un banc, « c’est le banc des coldplayers » nous dit Soso et nous voici donc, face à la Bakery. Ce sont des italiens, qui nous regardent plutôt bizarrement, comme des étrangers. Un d’entre eux retient notre attention, grand, brun, l’air macho et surtout, avec un tatouage du visage de Chris Martin sur l’avant bras droit. « Il est beau mais je pourrai pas l’assumer » dis-je aux autres. Une fille l’accompagne, sa petite-amie, qui s’emmerde vraiment… Pour le coup on ne l’envie pas.

Nous, nous sommes assis par terre face au petit couloir où une Volkswagen grise est garée, il y a donc quelqu’un. Deux françaises nous retrouvent, dont Audrey, qui était au Grand Journal en décembre. Elle n’hésite pas à voir un membre de l’équipe pour savoir si un des gars est là. « J’en ai aucune idée vu que c’est un jour off… ». Attends mec, tu bosses au studio et tu sais pas si ils sont là ? C’est marqué français sur nos tronches mais quand même… Au passage, deux tambourins quitteront le studio dans une camionnette, direction Wembley. Après une heure et demie d’attente, Roxy, une des filles de l’équipe ferme à clé. Nous partons. Rien à signaler, mais venir à cet endroit reste quelque chose de magique, après l’avoir rêvé pendant longtemps, regardé en photo et en street view sur Google Map. Le premier grand moment de ce week-end. Je me devais d’y aller au moins une fois, pour sentir le lieu, là où a été composée la musique de Coldplay depuis Viva La Vida.

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Un marché et une expo

Notre trio se dirige ensuite vers Camden en se perdant à moitié sur le chemin du métro, mais notre sens de l’orientation nous a sorti de là. Nous descendons à Camden Town, la première chose qui me marque c’est le design des bâtiments, avec des objets accrochés aux murs en décoration, c’est plutôt stylé. Un mec dessine le portrait de David Bowie au sol, plein de talent le gars… Le peintre et l’artiste évidemment. Soso nous emmène vers le Camden Market, des allées remplie de fringues, que de fringues, toujours des fringues. À la sortie première grosse averse de ce voyage, mais un truc assez impressionnant, en quelques secondes on est tous trempés, réfugiés sous le métro ou dans un abri de fortune, je ne remercierai jamais assez mon parapluie ! Après une accalmie, nous nous dirigeons vers Camden Road et l’exposition des œuvres de Pilar Zeta pour A Head Full of Dreams, à une petite dizaine de minutes à pied.

Entrée dans un bâtiment couvert de blanc qui abrite cette exposition. Nous entrons d’emblée dans le vif du sujet avec les œuvres de l’album les plus connues : la fleur de la vie, la pochette et le tableau des quatre membres du groupe. Après avoir passé une petite entrée, nous apercevons les premiers textes manuscrits des chansons, dont A Head Full of Dreams. Derrière, un atelier, peut-être celui où tout a été crée, car un panneau explicatif indique que la rencontre entre Pilar et Coldplay a eu lieu à cet endroit… En bas de l’escalier assez étroit, une deuxième salle, avec à gauche l’ensemble des paroles de l’album, mais aussi des tableaux de Chris Martin, oui des tableaux. Je retiens surtout, malgré les grosses ratures, la sensation de liberté, l’envie de se cacher et la couleur. Derrière ses quelques œuvres se cache un homme libre et serein, pour ne pas rajouter heureux, cela se ressent, comme libéré d’un poids. Un des moments les plus marquants de cette journée. Dans une autre pièce enfin nous retrouvons des peintures de Pilar, sans trop de rapport avec l’album pour l’ensemble…

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Un demi et des épices

Nous repartons vers le Dublin’s Castle, un bar de Camden. Pas choisi au hasard pour boire une pinte, c’est là que Coldplay a joué pour la première fois en public, « et dire que demain ils seront à Wembley ». Sur le passage nous tombons sur un magasin de vinyles avec de tout et du bon, Beatles, Rolling Stones, Led Zeppelin et Jimi Hendrix, entre autres. Cinq minutes plus tard nous sommes au bar, avec à la télévision un match de l’Euro 2016. Le décor est assez sobre, voire sombre, mais cela colle bien à l’esprit de ce pub discret. Un anglais me parle, je ne sais pas trop ce qu’il me dit, même si mon anglais est loin d’être top, l’articulation n’est pas en option. Je suis Belinda, qui se prend une bière brune, un vrai demi, moi qui ne boit pas souvent… Truc plutôt corsé, mais qu’on descend tranquillement, le temps ne presse pas ! Je plane un peu, premier moment de répit depuis l’arrivée, tout retombe un peu mais je me dis que dans 24 heures je serai dans la fosse de Wembley, je ne sais où. Nous commençons d’ailleurs à en discuter, savoir à quelle heure on arrive. « On va prendre le premier métro à King’s Cross » nous sors Soleen. Il est à 5h30, ah… Un moment de complicité entre nous trois, un des premiers car depuis que nous sommes arrivés on n’arrête pas trop.

Le soir, nous faisons les courses dans une petite superette de la gare de King’s Cross, de quoi remplir les sacs pour le lendemain, toujours surpris par les prix… Puis nous mangeons dans un espèce de restaurant japonais, petite salle avec une terrasse… d’une table. Autant dire qu’on la prend. Au menu, du poulet avec des nouilles baignées dans une sauce au curry épicée. Elle arrache la gorge quand on n’a pas l’habitude, je n’ai pas l’habitude. Nous causons de nos boulots, Soso nous raconte des anecdotes croustillantes sur son boulot de sage-femme, à vous couper l’appétit si vous avez un cœur trop sensible.  Retour à l’auberge, je me planque un peu, car je ne suis pas censé allez au sous-sol. Arrivés dans la chambre, nous préparons nos sacs où je fais gaffe dix fois de tout avoir, surtout les billets. Je sors mes fringues et les pose sur une chaise, comme ça j’aurai juste à les enfiler et partir. Réveil fixé à 4h30 du matin, je ne pensais jamais faire ça pour un concert. Mais le premier de Coldplay à Londres, à Wembley, avec tout ce que cela représente derrière… Et je m’étais promis de le faire à fond alors… On file au dodo, demain j’ai rendez-vous avec un de mes plus grands rêves.

Le réveil qui pique

Il est 4h30 et deux téléphones sonnent en même temps pour un mash-up que je n’oublierai pas de si tôt. A Sky Full of Stars et Psycho de Muse, ça pique mais ça rend vraiment pas mal. Le réveil est dur pour nous trois, mais en quelques minutes on est tiré du lit, même si le corps est vraiment dur. Je suis le premier à filer me changer dans les toilettes, il faut faire avec les moyens du bord. Heureusement que nous avons préparé les sacs avec la nourriture la veille. Nous sortons discrètement de la chambre vers 5h alors que le jour commence à peine à se lever dans la grisaille. Après quelques minutes de marches nous atteignons le quai du métro Metropolitan, mais la première rame de la journée n’arrive pas. En effet, il est placé de l’autre côté sur une autre ligne qui part vers l’est alors que nous filons vers l’ouest. Logique non ?

Lors de ce trajet historique pour moi, j’en profite pour commencer à faire le con. Je sors mon drapeau français et le met comme une cape, puis Soso me propose de me filmer en train de courir dans les rames, ce que je fais évidemment malgré mes yeux entre-ouverts. Puis je me pose et observe le chemin vers Wembley, où je découvre un quartier avec des maisons similaires, comme si les constructeurs avaient fait du copier-coller sur plusieurs centaines de mètres. C’est glauque, très glauque. Le métro est quasi désert, ce qui le rend presque mystérieux. Vient ensuite le moment où je réalise enfin que tout cela est vrai, nous apercevons au loin l’arche de Wembley, cette particularité qui rend ce stade unique. « On y est enfin » me dis-je dans ma tête. Six mois à y penser constamment et cinq ans à en rêver presque tous les jours, et j’y suis enfin.

À la descente du métro, une fille me fixe jusqu’en haut de l’escalier, certainement à cause de mon drapeau toujours sur le dos. À la sortie nous voyons le stade face à nous sur lequel nous fondons en quelques minutes, mais personne à l’horizon. On hésite à partir sur une rampe qui monte sur une plate-forme ou rester en bas mais il n’y a aucune entrée. La logique et le plan du stade nous indique qu’il faut monter. Une longue montée où nous pensons trouver au moins un fan, mais personne. Un peu l’impression d’être dans un lieu désinfecté, le temps maussade et le silence qui règne est presque pesant. Sans compter la taille imposante de Wembley. En haut de la montée, un panneau indique « Queue here for turnstile F ». Je crois que c’est assez clair, nous sommes les premiers, il est 6h15 et c’est parti pour la plus longue et la plus belle journée de ma vie.

La longue attente et la rencontre francophone

Nous mettons directement en place un système de numérotation pour la queue pour que les gens puissent aller aux toilettes ou sortir au cours de la journée sans perdre leur place. J’ai l’honneur d’avoir le numéro 1. Quinze minutes après nous des brésiliens arrivent puis très bonne surprise deux françaises nous rejoignent, Sandrine avec ses bottes qui ont visité Glastonbury et son amie Chloé. Nous serons donc cinq français. Sandrine était là jeudi et sait comment la journée va se dérouler. Lors de la matinée, nous commençons à jouer aux cartes et discuter pour tuer le temps qui avance tout de même assez vite. Un autre groupe de français arrive vers 7h30, vraiment sympas dont un avec une reproduction de la veste de Viva la Vida.

Vers 11h15 le merchandising ouvre, je me prends un t-shirt et le « Tour Program » un joli bouquin collector que nous prendrons tous d’ailleurs, l’avantage d’être dans les premiers. Comme prévu vers midi les organisateurs et la sécurité arrivent pour délimiter les périmètres. Il y a deux portes sur notre rampe, la G et la F. Lors de l’entrée, nous allons être séparés vers les deux portes, « je vous préviens ça va être la guerre » nous annonce Sandrine, ah… Un quart d’heure plus tard nous entendons les premiers tests son mais pas de Coldplay à la sortie des enceintes. Les agents sont vraiment sympas, on peut causer avec, ils nous demandent si tout va bien. En France ils se pointent une heure avant l’ouverture des portes… Bref.

La queue se remplit petit à petit, vers midi nous ne sommes qu’une trentaine dans une ambiance enfantine où nous déconnons entre français. Il y a de tout, des allemands, des brésiliens, des anglais, c’est un peu comme si le monde des coldplayers c’était donné rendez-vous là. Certains arrivent à tirer quelques places mais nous restons devant, puisque nous nous sommes étalés sur le premier rang qui fait plusieurs mètres de large. Lors d’un tour de stade pour me dégourdir les jambes j’entends les premiers soundchecks. Mais toujours pas de Coldplay, ils dorment ? Une fois retourné dans la queue nous mettons en place le plan de bataille. Lors de l’ouverture nous formerons une chaîne humaine pour éviter de se faire doubler puis nous prendrons d’assaut les portiques d’entrée. Oui les mots sont justes car cela se passera comme tel. Vers 16h je fais un dernier tour de stade et là surprise, le groupe répète Princess of China, évènement que je signale en rentrant car la chanson n’a pas été jouée depuis le début de la tournée. Au cours de cette marche, les premières portes qui mènent aux gradins s’ouvrent et l’arche s’allume aux couleurs de A Head Full of Dreams, tout comme les panneaux d’accueil du public. Les frissons commencent vraiment à monter.

“Pour la première fois je sens que je ne regretterai pas d’avoir manqué le Stade de France en 2012 et le Casino de Paris en 2014”

Les dernières minutes

Aux alentours de 16h15 nous passons une dernière fois aux toilettes, histoire d’avoir des précautions, car même si nous ne sommes pas à la barrière nous serons situés devant. Mais nous sommes venus pour la barrière. Les sacs sont quasiment vides, de nourriture en tout cas car tout, ou presque, a été fini. Il ne me reste que quelques bidouilles, notamment les boutons de ColdplayFrance distribués en cours de journée. Nous commençons tous à stresser à notre niveau, je ne pensais pas que l’envie d’être à la barrière pouvait faire autant flipper. Mais quand je regarde avec du recul, c’est mon premier concert de Coldplay, à Londres, à Wembley et je serai devant, proche de la scène. Et le pire c’est que j’en ai conscience, mais sans vraiment le réaliser. Pour la première fois je sens que je ne regretterai pas d’avoir manqué le Stade de France en 2012 et le Casino de Paris en 2014.

Les agents de sécu’ s’agitent, alors nous nous levons et formons une ligne pas très droite, mais une ligne tout de même. Un petit groupe d’italiens se place sur notre gauche et Sandrine leur demande gentiment de ne pas doubler. À son palmarès, dix concerts de Coldplay et six à Wembley. Classe l’expérience. Je me retrouve au milieu de cette ligne, il faudra faire un virage à 180 degrés pour avancer vers la porte, le tout sans se faire doubler par les gens venant de l’extérieur et ceux de l’intérieur. Au passage, trois français se sont infiltrés dans la queue, arrivés vers 14h et ont réussi à doubler tout le monde, ce qui nous agace, surtout Sandrine qui est remontée comme une pendule.

Les gens parlent plein de langues, je comprends rien, je cherche juste à préserver notre petite ligne qui semble bien fragile, malgré une bande de protection, sur laquelle je suis obligé de m’appuyer à cause de la masse de personnes derrière. Un vigile se place ensuite au bout de cette bande, il va être 16h45 dans quelques minutes, on se saisit donc les bras pour former cette chaîne française à Londres, je respire un dernier grand coup mais toujours avec le sourire. Le vigile en question détache le nœud et libère la masse de gens.

La grande mais courte marche

Comme prévu, tout se bouscule, les gens tentent de doubler mais notre chaîne est un minimum efficace. Mais vu du ciel avec un drone cela pourrait être drôle. Pour faire simple, le bout de la chaîne est plusieurs mètres derrière la tête, sans compter qu’on nous pousse. Puis au bout de la queue se dresse cinq portes, un gars me double mais je repasse devant au moment du début des contrôles, un vigile me scanne au détecteur de métaux en vitesse, mais vraiment en vitesse. Puis je pars vers une porte à droite comme me l’avait dit Sandrine et un gars me coupe dans mon élan de l’autre côté. « Cinq heures ». Il est 16h45. Je me retrouve face à Anthony, vigile typiquement anglais avec son petit sourire et côté je m’en foutiste, mais super chouette. Avec lui nous discuterons de tout et de rien pendant plus de vingt minutes, le temps que Coldplay finisse le soundcheck. Le stress est au maximum, je n’ai aucune idée de ce qu’il va se passer derrière cette porte. Je vois juste une table avec un carton et au bout une sortie lumineuse avec les tribunes. Suppositions que me confirmera Sandrine à ma gauche, sur une autre porte. Sur les deux autres entrées toujours à gauche il y a Soleen et Chloé, première ligne à 80% française, juste une nana à droite est anglaise.

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Puis vient le moment où je scanne le billet, la machine clignote verte et je franchis la porte. Au niveau de la table, un gars fouille mon sac, « grouille » me dis-je dans la tête. Après qu’il m’est donné le signal, je prends le xyloband que me tend une jeune femme et chope un love button dans le carton juste derrière. Je vois ensuite Sandrine qui sprint vers la porte juste en face de nous. On se retrouve presque devant, à cause du temps perdu à la fouille. Belinda est juste derrière moi, mais on a égaré Soleen et Chloé. La petite histoire racontera qu’elles étaient à l’entrée à notre droite. Les gens poussent mais les vigiles sont là pour surveiller. Je me demande encore comment ils ont fait pour tenir, l’expérience vous me direz, mais tout de même… De là où je me trouve je ne vois pas grand-chose, mais plus que beaucoup de monde. L’avantage d’être grand. Un agent tient un immense panneau avec marqué dessus « GO » en vert. Au bout de quelques minutes il le tourne puis les agents avancent. On entre définitivement dans le stade…

Rendez-vous le samedi 13 août pour découvrir la suite de nos aventures !

Crédits photos : ColdplayFrance, Gravity