Une partie de l’équipe de ColdplayFrance s’est rendue à Londres pour le concert du 18 juin à Wembley. Benji vous raconte cette aventure de plus de deux-cents jours. Troisième partie, l’arrivée dans la fosse et le concert de Coldplay.

L’agent tourne le panneau et rapidement je comprends le terme de « guerre » décrit par Sandrine. Les gens poussent, mais vraiment, pas à moitié. Pour mon premier concert de Coldplay je suis dans le grand bain, l’arrivé à Bercy pour Muse en février c’était des vacances à côté. La descente de l’escalier est périlleuse, au moment du rétrécissement un type me jette de l’autre côté, me retrouvant bloqué mais parvient quand même à me remettre dans la file. En bas je vois Sandrine et suis la même trajectoire qu’elle sans réfléchir. Puis dans une course ralentie par les agents nous arrivons au bout avec une barrière noire face à moi. On se jette dessus et Sandrine gueule « asseyez-vous, asseyez-vous ! ». Évidemment je m’exécute posant mon sac à mes pieds, notre place est sécurisée. Mais je ne m’attendais à retrouver Belinda, Chloé et Soleen au même niveau. Le groupe de cinq est à la barrière. Exploit.

Nous nous relevons et je commence à regarder la scène, immense, avec ses guirlandes et ses écrans. Dans mon dos il y a l’immensité de Wembley, peu rempli au niveau des tribunes pour le moment. Instant magique où je me retrouve là où j’ai pendant longtemps rêvé d’être : à un concert de Coldplay. Mais la barrière de Wembley ne m’avait jamais traversé l’esprit. Alors je profite de cet instant, n’ayant pas conscience de la chance que j’ai. Chance que je mettrai peut-être des mois voire des années à saisir.

« Fais chier il est violet mon xylo », dis-je, pile la couleur que je ne voulais pas. Par chance Chloé en a un vert qui est ma couleur préférée, et elle voulait un violet. La chance jusqu’au bout je vous le dis, donc on fait échange, et je lui donne mon love button vu que j’en avais d’avant le concert. On attend ensuite, le temps que Reef, notre première première partie arrive sur scène. Puis un gars derrière moi m’appelle, Guillaume, qui devait venir avec nous ! Il est accompagné de beaucoup de français, je fais donc distribution de boutons ColdplayFrance.

Un génie face à nous

Avantage de la barrière, à Wembley en tout cas, on a le droit à l’eau dans des gobelets en plastique, mais la personne qui nous les donne restera dans notre mémoire. Un vigile en tenue orange, jusque là rien de plus normal, mais complètement à l’ouest. Mais à l’ouest de l’ouest de l’ouest. Qui plus est sec comme un cure-dent. Pas étonnant qu’avec des mecs comme ça il y est des gens qui parviennent à monter sur scène. Mon rêve est de repartir avec un set’ du concert, je lui demande donc si je pourrai en avoir après le concert. Après trois demandes, je me pose toujours la question s’il a bien compris ma requête.

Pendant cette attente, un français lance un chant bien connu chez nous, qui commence par « Allons enfants de la patrie », mais pas trop convaincu. Il est de l’autre côté de l’avancée, et a donc repéré notre groupe. Moi, complètement lâché je reprends avec lui, puis tout le monde suit. Une marseillaise dans la fosse de Wembley quoi… À l’oreille nous sommes une vingtaine à la chanter, et quelques rebelles dans la fosse, dont je ne parviens pas à me rendre compte de la taille. Un des grands moments de ce week-end.

Vers 18h15, des mecs s’affairent sur les instruments de Reef, qui va monter sur scène un quart plus tard. Quelques guitares d’accordées, des tests sons sur la batterie et le micro. Sous conseil de Sandrine, je prépare mes boules quies pour les premières parties, histoire de garder mes oreilles pour Coldplay. Mais aussi à cause du mauvais souvenir du lendemain du concert de Muse à Bercy où j’avais les tympans qui tapaient.

Les premières parties

Les mecs en questions partent de la scène, mais bizarrement restent près de celle-ci alors que le stade continue de se remplir au compte-gouttes dans les tribunes. Puis ils remontent sur scène, prennent leurs instruments et commencent à jouer. Stupeur dans ma petite tête, des gars qui jouent à Wembley préparent eux-mêmes leur matériel ? Ah ouais… Rapidement on se laisse emporter dans leur musique rock de vieux briscards de la musique anglaise. Vraiment une bonne surprise, moi qui ne connaissait pas du tout ce groupe. Celui qui m’a le plus marqué reste le bassiste avec sa longue barbe, mélange entre le Père Fouras et le Père Noël. On redemande presque leur musique mais au bout d’une demi-heure ils quittent la scène et vont laisser la place à Lianne la Havas, qui suit le groupe pendant presque toute la tournée européenne après avoir joué en Amérique du sud.

Pendant longtemps je me suis demandé comment allait se passer son concert, avec sa musique acoustique dans l’immensité de ce lieu. Que vont bien pouvoir ressentir les personnes tout en haut ? Sandrine et Belinda, qui l’ont eu respectivement deux jours plus tôt et à Nice ont un avis assez divergeant, la première trouvant la chanteuse soporifique et la seconde plutôt sympathique à écouter. Mon avis sera un mélange des deux. Vers 19h30, une jeune femme se présente dans une belle robe et démarre. Un premier titre dont j’ignore le nom est plutôt attirant, avec une bonne basse et batterie. Mais cela ne va malheureusement pas durer. En effet les titres s’enchainent, mais que c’est long, long. Dommage car sa musique est chouette, mais dans une petite salle ou chez soi. Le lieu ne la met pas en valeur.

« Le public se met à hurler, réclamant la montée des quatre gars sur la scène. Plus de deux minutes de divine attente et de montée d’excitation. « J’y suis enfin » »

L’attente finale

Les techniciens s’affairent ensuite sur le matériel, retirent les bâches et les tentes de protection, dévoilant encore plus cette scène magnifique. Un décor très coloré avec un véritable sentiment de liberté sur la décoration des instruments. Je prends tout en photo histoire de les avoir en qualité et pour profiter du concert à 200%. Dans le même temps nous discutons, évoquons la setlist et admirons ce début de spectacle. Car oui la scène est un spectacle à elle seule. Nous prenons aussi quelques photos, que Soleen enverra à l’équipe et qui finiront sur Facebook et Twitter sur le compte de ColdplayFrance. Je pose aussi le drapeau tricolore sur la barrière. Cette foutue barrière qui a été le rêve de départ depuis la Gare du Nord et je profite vraiment de cette chance unique.

Quelques guitares sont testées, je reconnais notamment la Telecaster de Jonny, la mythique. Quelle chance pour ces types de tester ces instruments. On sent toute la minutie dans les réglages, chaque corde de guitare, de basse et de piano sont ajustées pour que cela sonne bien, tant qu’à faire. Face à nous, d’autres personnes préparent les confettis, de grands sacs sont vidés à l’intérieur des caisses, prêts à s’envoler. On devine les tuyaux qui permettent la sortie des couleurs qui forment ce fameux rideau sur A Head Full of Dreams et Hymn For The Weekend. Puis les techniciens s’en vont, laissant la scène libre, comme livrée à elle-même face à près de 90 000 personnes. Et je suis presque tout devant.

Vers 20h20 le public part dans un moment digne d’une école. Des bulles, des centaines de bulles sont envoyées dans la fosse, s’envolant au gré de l’air ou retombant sur nous. Cela dure tout de même plusieurs minutes. Coldplay qui fait jeter des bulles au public pour faire patienter, qui l’eut cru ? Tout se coupe, laissant comme un regret dans la fosse, on s’amusait bien ! Mais c’est pour laisser la place à la piste d’intro, O mio babbino caro de Maria Calas. Le public se met à hurler, réclamant la montée des quatre gars sur la scène. Plus de deux minutes de divine attente et de montée d’excitation. « J’y suis enfin ». Sur l’écran, la fleur de la vie s’illumine et change de couleur.

L’instant rêvé et réel

Ça crie dans tous les sens, et de plus en plus. Puis un discours de Charlie Chaplin résonne dans les sonos, l’appel final du groupe, qui monte sur scène un à un. D’abord Will qui fixe le public avant de s’asseoir, puis Jonny et Guy tout sourires, sans pression. Vient enfin le premier coup de batterie de Will pour ouvrir A Head Full of Dreams. On saute de partout, Chris fait le pitre sur la scène avant les quelques notes de guitare de Jonny. Chris avance et saute à notre hauteur et entonne A Head Full of Dreams, où je me mets aussi à chanter. L’impression d’être dans un rêve. Jusqu’au solo de Jon’ Chris est à côté de nous, ou presque puis recule à la hauteur de celui qui porte sa casquette et se met à courir pour le pétage de confettis. Des carrés de couleur partout après ce grand bruit qui nous a fait crier et sur les côtés de la scène les premiers effets pyrotechniques. C’est parti et que c’est beau…

Il prend ensuite sa guitare et démarre Yellow. Toutes les lumières deviennent jaunes. Tout le public chante à l’unisson et Chris nous laisse même seul à la fin du refrain, « You know I love you so », si tu savais… Derrière, la scénographie est magnifique. Mais qui sera rendue encore plus belle sur Every Teardrop is a Waterfall, avec un Chris à la guitare, pas comme sur le Mylo Xyloto Tour. Sur la fin de la chanson, il sortira le drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté gay et le posera sur son visage, en hommage aux victimes de la tuerie d’Orlando. Classe.

Vient ensuite The Scientist avec Chris au piano. Grand moment d’émotion avec tous les bras en l’air de droite à gauche et de gauche à droite, les lumières des téléphones en l’air ou la reprise des refrains avec Chris qui nous tend le micro. Un grand classique mais qu’est-ce que c’est bon ! Je ne parle pas de la dernière partie avec la fameuse guitare de Jonny, des frissons. On entend ensuite la fin de Oceans, avec l’espèce d’église en arrière-fond. Ils enchaînent avec Birds qui est déjà une jolie chanson en version studio et qui rend encore mieux en concert, surtout avec la guitare folk de Chris. Une vraie chanson de liberté, avec le voyage d’un oiseau en animation sur les écrans. Un vrai plaisir pour les yeux et les oreilles.

Les xylobands se rallument suite pour ce qui est un des plus gros tubes de la carrière du groupe, Paradise. Un titre avec un meilleur rendu en live, mais qui me laisse un peu sur ma faim, certainement car plus le temps passe moins je l’apprécie. Pourtant c’est avec ce titre que j’ai acheté mon premier disque de Coldplay, comme quoi… Mais ce qui va suivre va me marquer, il s’agit du remix de cette chanson par Tiësto. Un son très lourd, qui malgré le côté électro sonne très rock, certainement avec l’ajout de la batterie et de la guitare électrique de Chris. Le groupe file juste après vers la B-Stage, l’occasion de saluer les membres, plutôt de leur crier dessus. On les sens heureux, regardant le public et nous faisant quelques gestes.

La grosse surprise et la (seule) déception

Un titre commence, mais je mets quelques secondes à le reconnaître. Le public crie, c’est pour Always In My Head ! Première de la tournée et elle est pour nous ! On est presque tous heureux de retrouver ce titre qui est juste magnifique. Les plans de coupe sur les écrans sont les mêmes que sur le live de Ghost Stories. Mais quand je dis les mêmes, ce sont les mêmes, marquant. Après ce grand bonheur, nos visages se ferment. Ils l’avaient répété, on y a droit : Princess of China. La seule chanson que je n’applaudirai pas de la soirée. Déception pour ma part mais dans le fond cela ne m’aura pas plus dérangé que ça, j’avais la chance d’y être.

Ils concluent cette partie avec Everglow, chanson que j’avais eu l’occasion d’écouter déjà au Grand Journal. Toujours le même effet, même si le clavier rend moins que le piano. Mais ce titre est magnifique, très émouvant. On aura ensuite droit à une cover de Prince, Rasperry Beret avec Chris en solo, pendant que les gars reviennent vers la scène principale. Des images d’un discours de Mohamed Ali sont diffusées en même temps pour un double hommage. On appelle ça la classe.

Le meilleur moment de ce concert pour moi, et un des plus marquants de ma vie. Presque tous les jours j’y pensais : « Ah la première fois que j’aurai Viva en live… »

Les moments de feu, puis l’émotion

Chris s’installe au piano et entame une des intros les plus célèbres, Clocks. Batterie, guitare électrique à fond, du pur rock avec les lasers qui traversent le stade encerclé de rouge. La folie. Pas le temps de se reposer on poursuit avec Charlie Brown, LA chanson des xylos mais leur effet est diminué à cause du jour encore présent. Mais un vrai moment de fête. Une transition piano est jouée, nous plongeant vers la voix de Beyonce et Hymn For The Weekend. Un titre qui rend bien mieux en live qu’en studio, elle prend vie. Avec en plus le feu qui sort de la scène sur les refrains et la seconde dose de confettis colorés. Elle envoie du lourd, très lourd.

Midnight résonne, et introduit Fix You qui sera jouée sur toute la première partie sur un mix en fond sonore qui rend bien. Chris se dirige vers la B-Stage et se pose, à genoux, au milieu de celle-ci. Un moment prenant avant le mythique riff de Jonny. Chris reprend sa guitare électrique et joue Heroes de David Bowie. Juste deux minutes d’un joli hommage, mais qui pour moi, connaissant à peu près la setlist est synonyme d’intro à Viva La Vida. Chanson qui me suit depuis huit ans, m’a fait connaître ce groupe et a toujours été un message très fort personnellement.

Alors quand elle commence, je ne peux retenir les larmes qui montent trop fort, avec les poils qui se hissent sur les bras. Un frisson que j’attends depuis le début de mon adolescence. Autant dire que je ne chante pas, je hurle. Je suis tellement pris par cette chanson que j’ai la sensation d’être seul dans le stade. Le meilleur moment de ce concert pour moi, et un des plus marquants de ma vie. Presque tous les jours j’y pensais : « Ah la première fois que j’aurai Viva en live… ». Le riff d’Adventure of a Lifetime sonne, un moment de fête, avec ses couleurs, ses ballons dans la fosse et ses xylos. Chris nous demandera de nous accroupir avant la dernière partie, aucune idée du rendu depuis la scène mais c’était marrant.

La C-Stage

On retrouve le groupe sur la C-Stage que je distingue au loin grâce à ma taille, mais vite fait. Ils commencent par Don’t Panic, une jolie surprise surtout avec Jonny à la voix. Comme à son habitude, Chris le coupe pour se moquer gentiment de lui. La chanson en request est Green Eyes, ce ne sera donc pas la notre avec A Message. Mais ce n’est pas grave car c’est aussi une très belle chanson qui est toujours agréable à écouter. On regarde surtout les écrans car pour être honnête, on ne voit presque rien. Il conclut cette partie acoustique en solo avec la reprise de Jonny Cash, Ring of Fire en hommage à son père qui fête son anniversaire ce 18 juin, présent dans les tribunes, et qui est une de ses chansons préférées.

Ils reviennent ensuite sur scène en fendant la foule avec une intro rallongée de Amazing Day par Jonny qui reste au bout de la B-Stage pour attendre Chris qui revient au pas de course. Il s’installe derrière la batterie de Will tout le long de la chanson au pied de l’écran dont des images magnifiques sortiront. Ce n’est plus un concert, c’est du cinéma musical. Le public effecteur les traditionnels mouvement de vague. Jusqu’au bout on aura des émotions.

L’Happy End

L’heure de l’apothéose festive a sonné avec A Sky Full of Stars avec les xylobands qui ont un rendu magnifique dans le noir. Je profite encore plus de chaque instant, sentant la fin arriver et Up&Up. Une de mes chansons préférées du moment, de que ce soit musicalement ou textuellement. Une des rares à me faire pleurer en 2016, ce qui va se produire. Un titre époustouflant en live qui vous prend aux tripes du début à la fin. Et le double riff de Jonny, une merveille. Un instant presque interminable, car Chris a prolongé le plaisir sur la fin en solo sur la piano, parlant au public. Les mots me manquent pour décrire cet instant, symbole de fin mais si magnifique qui restera gravé dans ma mémoire pour l’éternité. Les quatre gars s’alignent face à nous et nous salue. Et partent.

À peine le temps de s’en remettre que la fosse se vide, on saisit nos sacs plastique et les remplissons de confettis. Je prends tout ce que je peux, c’est mon premier concert de Coldplay quand même. Avec Chloé nous partons ensuite à la chasse aux setlists, mais rien, chasse bredouille. Pourtant nous avons fait presque toute la scène à la recherche d’un gars de l’équipe, même vers la C-Stage et la régie. Mais non, rien à se mettre sous la dent. Juste le temps d’une dernière photo face à la scène en se jetant des confettis et les vigils nous demandent gentiment de partir. Nous empruntons l’escalier par lequel nous sommes descendus. Une ultime photo ensemble, et moi une du stade. Puis nous partons, plongeons dans le noir du couloir après la lumière de la scène. Mais Paris est encore loin…

Rendez-vous samedi 20 août pour la fin de nos aventures !

Crédits photos : ColdplayFrance, Gravity, Sandrine D. (DR)