Une partie de l’équipe de ColdplayFrance s’est rendue à Londres pour le concert du 18 juin à Wembley. Benji vous raconte cette aventure de plus de deux-cents jours. Quatrième et dernière partie, le retour du concert, le lendemain avec une échappée touristique et le retour à Paris.

Un dernier vœu avant de partir, laisser un bouton ColdplayFrance dans le stade. Mais les vigils m’en empêchent. Alors nous sortons, au passage j’aperçois le carton de recyclage des Xylboands. J’en prends plein, peut-être une dizaine et fais attention d’avoir toutes les couleurs, puis d’autre bracelets en plus. La collection de Wembley sera complète. Nous quittons ensuite l’enceinte du stade, approchons du muret où nous avons passé plus de dix heures auparavant. Une marée humaine se dirige vers le métro, nous décidons alors de nous asseoir quelques minutes et profiter. Profiter de ces ultimes minutes devant ce stade, qui fera à jamais partie de mon histoire avec Coldplay, et un peu (beaucoup) avec moi-même. J’en pleure, seul, sous mon drapeau tricolore, conscient de la page que je viens d’écrire.

Nous filons vers le métro pas à pas, l’occasion de se faire photographier devant le stade éclairé aux couleurs de A Head Full of Dreams et de l’admirer encore et encore. Tout le long du retour, les chœurs de Viva la Vida seront repris plusieurs fois. Mais c’était sans compter (aussi) sur la bienveillance des anglais qui animent ce retour. Ils nous font danser et chanter, je garde encore le souvenir d’un gars en kilt avec sa cornemuse et sa boîte de rangement pleine de pièces. Petit malin. En passant sous un pont pour accéder au métro une fille entonne The Scientist, que je reprends même si je chante (très) faux. Plusieurs personnes suivront.

La route vers les bars, pour finir…

En arrivant sur le quai, nous apercevons un ballon lancé pendant Adventure of a Lifetime. Oui il est sorti du stade à fait toute la traversée vers la station, environ 500 mètres pour finir écrasé par un métro. Triste fin. Avec le monde nous décidons de changer de ligne à Finchley Road pour revenir à Saint Pancras un peu avant une heure du matin. Toujours accompagné de Soleen, Belinda, Chloé et Sandrine nous souhaitons prendre un verre pour fêter cet évènement. Mais les bars ferment un à un. J’aurai même pu faire l’expérience d’un bar gay.

Après plusieurs minutes d’une quête infructueuse autour des gares de King’s Cross et Saint Pancras, là où logons tous les quatre, les deux autres filles hébergent pas très loin non plus, nous terminons au McDo. Nous y croiserons quelques fans avec des t-shirts de Coldplay et des français, encore. Je comprends pourquoi on dit parfois que Londres est la deuxième ville de France. On débriefe le concert bien entendu et la journée dans son ensemble. J’arrive à peine à dire un mot, encore scotché de ce que je viens de vivre. La tête toujours dans les étoiles. Puis nous rentrons nous coucher, trop fatigués pour prendre une douche. Demain nous nous levons tôt pour faire un tour à Big Ben.

Le jour d’après

Dimanche 19 juin, le jour d’après. Quelques heures seulement après ce concert et il faut se lever, prendre une douche et grignoter quelque chose avec la tête encore dans un stade, et le cœur aussi d’ailleurs. Seul le corps est dans le lit. Après une douche où je n’ai pensé qu’à ce qu’il s’est passé hier, nous finissons de ranger nos affaires, fermons nos valises, regardons une dernière fois si on a rien oublié et fermons la porte de cette chambre. Nous rendons au guichet la clé de la chambre de Soleen et Belinda, et celle de la mienne que je n’aurai donc jamais vu.

Soleen a ensuite l’idée d’inviter Chloé et Sandrine pour nous rejoindre afin d’aller à Big Ben ensemble. Mais vu que nous sommes à l’étranger pour trois jours, elle n’a pas de connexion internet, moi non plus. Nous retournons à l’auberge pour choper le wifi et parvient à contacter les deux filles qui nous retrouvent devant la porte une dizaine de minutes plus tard. C’est parti, direction Big Ben et le London Eye de l’autre côté de la Tamise.

Le trajet dans le métro est bizarre, la tête ailleurs, comme si nous avions eu un choc et que nous sommes restés bloqué à la soirée d’hier. Je revois des bouts de concert dans mon esprit, comme des flashs. On emprunte la Circle Line vers Embankment. À la sortie je ne fais que suivre les filles étant complètement perdu. Seul un panneau nous indiquant la sortie montre la voie à suivre. On prend enfin un escalier assez étroit, vu le lieu en tout cas et apercevons la lumière du soleil qui frappe un mur aux briques anciennes.

« Je sors du métro avec les quatre coldplayers et me retrouve devant une tour, Big Ben »

« Ah c’est ça Big Ben »

Pour la première fois depuis longtemps le côté touriste est activé. Je sors du métro avec les quatre coldplayers et me retrouve devant une tour, Big Ben. « Ah c’est ça… », d’accord. Une très belle tour avec son horloge au sommet. Juste le temps d’en faire deux-trois photos et nous filons vers la Tamise. Ce secteur est noir de monde où il est très difficile de circuler entre les gens qui se photographient avec leurs perches à selfies qui peuvent aussi servir de distributeur de smartphone et ceux qui circulent de droite à gauche et de gauche à droite. Mais le lieu vaut le coup et le détour surtout quand je pense au nombre de fois que je l’ai vue en image et à la télévision. Mais au lendemain du concert, c’est difficile de ressentir des choses.

Sur le pont menant au London Eye nous faisons quelques photos en sachant qu’il n’en reste plus beaucoup désormais. Au loin, un homme avec un t-shirt noir marqué de mots que nous connaissons bien « Coldplay » et « A Head Full of Dreams ». Nous en reverrons un autre, s’en est presque à penser que cette ville est peuplée cette semaine de coldplayers. Sur le chemin vers le London Eye nous croisons une boutique, celle de Dreamworks, qui a produit des films d’animation comme Shrek ou Madagascar pour le plus grand bonheur de Soso qui fera ses derniers achats du week-end. De mon côté je ferai un tour dans une boutique de souvenirs pour ramener une boîte de thé à mes parents et un dé pour la famille.

Le mythe de la gastronomie anglaise

Vers midi nous nous pointons devant un restaurant de fish and chips, pas besoin de le présenter. Hasard ou pas je n’en sais rien mais les tables sont aux couleurs de leurs voisins français, les notre quoi. Nous nous installons et mangeons à la vitesse d’escargot, on est tous encore abasourdis de la soirée d’hier et on ne se le cache pas, « ça fait bizarre le lendemain » lance Sandrine, un poil nostalgique. Je ne se sors pas un mot sentant qu’à un moment donné toute l’émotion accumulée va finir par me faire craquer. Je profite de ce premier repas complet, le premier depuis 36 heures, disons que la queue de Wembley ce n’est pas top pour manger posé.

Business is business et au pied du London Eye ça doit circuler. Les salariés font fréquemment le tour des tables pour vois si des clients ne partent pas pour les nettoyer en coup de vent et accueillir de nouvelles personnes. Vous connaissez cette sensation de devoir se dépêcher ou sinon de se faire gentiment pousser vers la sortie ? C’est ce qu’on ressent et l’avantage c’est qu’on peut parler en français librement. « Et s’il y en a une qui nous comprend ? ». Rien à faire elle ne nous reverra plus. D’ailleurs, cela va arriver car deux d’entre nous sont partis aux toilettes, ce qui n’empêche pas une femme du service de nous prier de quitter la salle. Sinon le fish and chips c’est gras, pas à prendre si vous faîtes un régime.

Retour à l’auberge 

L’heure est ensuite venue de faire demi-tour et de retourner au métro pour rentrer à l’auberge. Un ultime coup d’œil à Big Ben et nous nous engouffrons dans les souterrains londoniens pour la dernière fois. Après une quinzaine de minutes de trajet nous arrivons à King’s Cross puis à notre auberge avec comme objectif pour Soso et moi l’Eurostar de 16h, trente minutes plus tôt pour Belinda donc pas trop le temps de traîner. Nous prenons rapidement nous valises planquées au fond de la réserve et quittons l’auberge. L’absence de ma chambre ne sera donc pas faite remarquée.

Nous retrouvons Sandrine et Chloé sur la place devant King’s Cross puis prenons un Starbucks avant de se poser et de se faire interpeller par des français qui ont remarqué nos maillots et qui vont le soir même au concert de Coldplay. Le monde est petit. La première à nous quitter est Sandrine qui doit se rendre à l’aéroport pour rentrer chez elle à Clermont-Ferrand, au milieu des volcans et des pneus. « On se retrouve au Stade de France hein ? ». Même pas de réponse pour ma part tellement elle semble évidente. Puis Belinda part aussi, emportant avec elle une page de ce récit. Merci pour ta bonne humeur et ta simplicité ma petite et à toi Sandrine pour ton expérience qui nous a permis de finir à la barrière, et ton humour décapant.

« Le moment auquel je n’ai presque jamais pensé arrive, celui du départ du train qui laisse derrière moi tant de choses »

Au revoir Londres

Il ne reste plus que Chloé, qui part après Soleen et moi. Nous nous dirigeons donc vers Sainte-Pancras le cœur déjà lourd mais conscients du bonheur qui nous submerge malgré la tristesse de partir. Soso va dans un petit magasin faire quelques courses et c’est le moment de dire au revoir à Londres et à Chloé. La file d’attente pour la validation des cartes d’identité est longue, un couple tente même de nous doubler en se servant de leur fille, n’est-ce pas magnifique ? Bref, nous nous trouvons sur le quai de la gare devant un train moderne, pour ne pas dire neuf. Un dernier coup d’œil derrière moi et nous entrons dans la voiture.

À l’intérieur Soso trouve du wifi dont elle se servira tout au long du trajet pour regarder un film et naviguer sur les réseaux sociaux. À côté de notre « carré VIP », deux places vides, celles de ceux qui ne nous ont pas accompagné. Une femme prendra l’une d’entre elle juste à côté de nous et dormira pendant presque tout le voyage.

Bonjour la France

Le moment auquel je n’ai presque jamais pensé arrive, celui du départ du train qui laisse derrière moi tant de choses. La réalisation d’un de mes plus grands rêves, peut-être le plus grand vœu d’un coldplayer, sans regarder ce qu’il y a eu autour : la Bakery, l’expo, la queue… Tout semble déjà si-loin alors que cela s’est déroulé il y a moins de 48 heures. La sensation de vide m’envahit dans le tunnel, peut-être le noir, peut-être rien. Dans mon sac, mon drapeau qui a été un élément essentiel de ce voyage, fier d’avoir transporté ces trois couleurs outre-manche. Je ne le savais pas encore, mais moins d’un mois plus tard il allait vivre une défaite en finale de l’Euro.

Après la sortie du tunnel marquant le retour en France, et pendant que Soso est branchée sur son téléphone, je me colle sur la vitre comme pour ma cacher, revoyant le concert dans ma petite tête bien pleine. « Pour une fois ! », me diraient certainement mes amis (Sarah, Chloé si vous lisez…), mais pleine d’un rêve accompli. L’émotion est trop grande et je me mets à pleurer, seul, presque comme un gosse. De tristesse ou de joie ? Aucune idée mais elles sont là, bien réelles.

Case départ

Le train entre dans la Gare du Nord de Paris vers 19h30, nous prenons le temps de descendre laissant les gens passer avant nous. Soso a eu l’idée de créer une discussion de groupe avec Sandrine, Chloé et Belinda pour partager les photos et les souvenirs. Voulant m’occuper je m’en charge de suite avant de quitter la voiture. Drôle de sensation de faire le trajet retour de celui que nous avons effectué deux jours avant. Depuis longtemps je savais qu’il y aurait un avant et un après Londres. Je suis dans les premières heures de l’après.

Nous filons enfin vers les souterrains et le RER. Retour des agréables odeurs parisiennes qui ne nous avaient pas manqué, c’est là qu’on se rend compte que l’hygiène à Londres était dix niveaux au-dessus. Elle prend le B, je prends le D vers la Gare de Lyon. Un au revoir et je me retrouve seul, pour la première fois depuis la rencontre de Belinda à Glacière, sur la ligne 6. Je ne cherche même pas à m’asseoir dans le RER voulant juste rentrer vite chez moi. Mais arrivé à la Gare de Lyon le train que je visais n’existe pas. Je retourne dans le RER et parvient à prendre un prendre un train vers Melun pour quelques secondes.

« Dans le miroir je me promets de retourner un jour à Wembley »

Retour chez soi

Cinquante minutes plus tard j’arrive à Melun alors que le soleil se couche. Vingt-quatre heures plus tôt j’étais dans la fosse. Mon père vient me chercher, ne me demande pas comment ça va, il a juste à voir ma tête mélangeant satisfaction et tristesse. Sur la route vers la maison je parle peu mais il ne cherche pas à me causer sentant bien que je préfère rester seul, dans ma bulle. Au moment de rentrer à la maison, mon chien me saute dessus, trois jours qu’il ne m’a pas vu alors…

Je monte dans ma chambre mes affaires, pose et ouvre la valise qui sera vidée le week-end suivant sauf pour les vêtements bien sûr, sort les sacs avec les confettis que je n’ose même pas regarder et les xylobands que je pose sur mon bureau à côté du Tour book. Tout cela vient s’ajouter aux disques et photos déjà présents. Je regarde le disque de A Head Full of Dreams qui est l’album qui restera à tout jamais celui de mon premier concert de Coldplay. Le sommeil est difficile à trouver, mais le pire est à venir, le retour au boulot à Télé Star.

Retour à la réalité

Lever à 6 heures, celui qui pique peut-être plus que d’habitude. Ma tête n’est toujours pas en France, encore moins au travail mais il faut y aller parce qu’il n’y a pas le choix. Dans le miroir je me promets de retourner un jour à Wembley. Le retour à la vie normale est vraiment bizarre, comme si tout était vide mais je ne ressens pas la fameuse « dépression post concert », qui viendra très violemment après celui de Muse le 28 juin à la Tour Eiffel.

Arrivée au travail à 9 heures, premier de la rédaction. Et là j’ai une première chute morale en me posant à mon poste sans comprendre pourquoi. Mais elle est bel et bien là et je me retiens une nouvelle fois de pleurer. Avant de partir j’avais pris dans mon sac un xyloband vert, pas celui que j’avais au poignet car j’y tiens beaucoup. Je le pose à côté de mon ordinateur comme un porte bonheur mais il ne fera qu’un jour. Puis vers 9h40 arrive mon boss et avant de prendre son café me demande : « Alors c’était comment ? ». Appelle ça de la Magie.

Crédits photos : ColdplayFrance, Gravity, Sandrine D. (DR)